On the boulevard of broken dreams ± Oxana

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Emploi/Études : Barmaid, escorte, masseuse, étudiante en architecture
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Sometimes I wish someone out there will find me
I walk a lonely road, The only one that I have ever known, Don't know where it goes, But it's only me, and I walk alone, I walk this empty street, On the boulevard of broken dreams, Where the city sleeps, And I'm the only one, and I walk alone

L'avantage d'être la fille du patron c'était que par moment j'avais le droit à des passe-droits. Ces laissez-passer me permettaient de m'évader une fois à l'occasion loin de la ville à mon endroit préféré... avec l'une des seules personnes qui comptait pour moi. J'avais proposé cette sortie à Oxana il y a quelques jours. Évidemment, elle me disait rarement non pour une sortie du genre parce qu'on s'entend qu'elle aussi en profitait et qu'elle s'évadait largement. Cet endroit nous permettait d'être un peu plus nous-même, d'être libre ne serait-ce qu'un instant. Et pour une fois je n'en avais pas parlé à Mavie. Je voulais être seule avec Oxana parce qu'avec ma meilleure amie je pouvais être parfaitement authentique. Tandis qu'avec Mavie, non pas que je ne pouvais pas l'être, mais je ne pouvais pas l'être totalement. Elle ignorait qu'Oxana et moi étions des travailleuses du sexe et c'était quelque chose qui me convenait parfaitement. Pourquoi? Parce que c'était la seule raison qui me poussait de continuer à travailler pour mon père... Parce que tant que j'acceptais de faire les volontés de cet homme immonde, il laissait ma jeune soeur tranquille et pour moi c'était sûrement ce qu'il y avait de plus important au monde. Moi, mais pas ma soeur!

Alors, nous avions fait notre petite valise pour partir toutes les deux. Vu comme ça on dirait presque un voyage d'amoureuses. C'était possible, mais c'était simplement parce que nous étions les complices d'une vie. Prenant la voiture de l'une d'entre nous, quelques heures de voyage et nous voilà rendu au chalet. Cependant, il avait bien fallu terminer mon chiffre de travail avant de quitter pour le chalet, donc nous n'étions parties qu'aux petites heures du matin et j'avais eu sincèrement besoin de dormir un peu quand nous étions arrivées. J'ai dormi pendant un moment de la journée, ne me relevant qu'en milieu d'avant-midi, dans un sursaut après un cauchemar qui ne me donna pas l'envie de me rendormir. Sérieusement, les cauchemars étaient fréquents chez moi ces temps-ci et rares n'étaient pas les occasions de hurler dans mon sommeil... Me relevant paresseusement, le maquillage que j'avais mis la veille avait collé sur la taie d'oreiller, je passai devant un miroir et contemplai mon reflet d'un oeil vide. La marque violacée que mon fond de teint cachait venait de réapparaitre. Ce coup de poing-là avait fait particulièrement mal et ne cessait toujours pas de lanciner par intermittence. Passant par la cuisine d'abord pour faire du café, ignorant aussi où était Oxana, je m'en versai une tasse quand il fut prêt.

Marchant tranquillement avec ma tasse à la main, je saisi une couverture pour l'entrainer avec moi à l'extérieur. Il y avait un hamac de cordes suspendu à une extrémité de la galerie. Il permettait d'être soit confortablement assis ou couché et pouvait facilement accueillir deux personnes. Ce siège avec un café et un bon livre, c'était carrément le paradis, mais pour ce coup-ci, j'avais envie de contempler et de faire le vide dans ma tête. Posant mon café sur la tablette sur le côté, je m'enroulai dans la couverture et je me hissai dans le hamac avant de tendre la main vers la tasse au liquide noir brulant. Je me positionnai confortablement, à moitié couchée dans le hamac, les yeux tournés vers la montagne, verte au bas et blanche dans le haut, au loin qu'était le centre de ski. Ce que je donnerais pour descendre rien qu'une fois cette montagne encore une fois. Ça me semblait si loin la dernière fois que j'avais mise mes pieds sur ma planche à neige pour dévaliser ces pistes blanches. Un petit soupire franchit mes lèvres alors que je me balançais doucement sous mon poids lors de mon embarcation. Tout était paisible, tout était franchement calme. Un léger, très léger souffle de vent se faisait ressentir, mais rien de catastrophique. Avec une couverture c'était tout simplement le paradis.

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On the boulevard of broken dreams


Ma tête est alourdie par le sommeil et les résidus d'alcool. Ma bouche est pâteuse et ma vessie pleine. Je sais au fond de moi qu'il va falloir que je me lève avant que j'explose, mais j'ai tellement la flemme. Je me tourne dans mon lit, geignant à moitié. Je déteste le matin. J'ignore l'heure qu'il est mais tant que je ne me suis pas levée et que je n'ai pas pris mon café, il est trop tôt, quoi qu'il arrive. Pourquoi le monde est si cruel ? Qu'il est difficile de faire bouger ma vieille carcasse. Je passe une bonne dizaine de minutes à essayer de combattre mon envie d'uriner, essayant de me rendormir, mais la lutte est vaine et déjà perdue d'avance. Je finis par ouvrir un oeil, puis le second, avant de les refermer. Je baille et m'étire et ma tête me lance. Mauvaise idée. Je le sais pourtant que je vais forcément commencer ma journée avec une gueule de bois, c'est quasiment le cas tous les matins, aucun gros changement à l'horizon. Pourtant à chaque fois j'oublie, j'espère naïvement que je n'ai pas trop abusé la nuit dernière, mais je me rends rapidement compte que je tire constamment sur la corde, jusqu'à ce qu'elle cède. Est-ce vraiment ce que je veux ? Qu'elle cède ? Non, pas réellement, mais cela ne m'empêche pas d'y tirer dessus. J'aime la vie, elle a beau avoir toujours été merdique et sans avenir possible, je l'aime quand même. Je suis une putain d'optimiste et parfois je me désespère d'être aussi naïve. Mais j'aime à croire qu'un jour viendra où la roue tournera enfin et où je serais heureuse. Un jour...

Je finis par céder à la pression et je me redresse dans mon lit, lentement. Je grogne parce que le soleil est trop présent en cet instant, trop aveuglant. Pourtant les persiennes sont fermées mais les rayons passent malgré tout. Je shoote dans une bouteille vide au passage, manquant presque de me casser la gueule. Génial. Je sors de la chambre et je vais au toilette. Moment libérateur, ça fait un bien fou ! Quand j'en sors, je sens une douce odeur me caresser les narines. J'aime sentir l'odeur du café au réveil, ça me met de bonne humeur. Personne à l'horizon, je marche tel un zombie vers le saint graal. J'attrape une tasse et la remplie. La chaleur du liquide noirâtre me réchauffe et je ne peux attendre plus longtemps pour y tremper mes lèvres. Je me brûle à moitié mais bordel que ça fait du bien. Je reste là, plantée sur place, à déguster mon breuvage, au bord de l'euphorie. Bordel que j'aime le café, c'est pas humain. A la moitié de ma tasse, je la remplie de nouveau. J'ignore où est Megsie. Ma mémoire commence à reprendre le chemin du boulot et me renvoie les souvenirs de la veille. On était en ville, j'attendais que Meg' finisse de taffer pour partir au chalet. C'est un endroit à nous, si je puis dire, un endroit où on aime se retrouver de temps à autre, se ressourcer et être nous-même. J'adore cet endroit et n'hésite jamais bien longtemps avant d'accepter. Mon compte en banque aurait préféré que je reste sagement en ville pour faire quelques extra en tant que serveuse, mais bon, l'appel du chalet et le plus fort et ma nature raisonnable s'envole comme par magie.

Cette fois-ci, nous sommes que toutes les deux, Meg' n'a pas invité sa petite soeur. J'adore Mavie, alors ça ne me dérange pas qu'elle vienne mais j'aime aussi bien l'idée qu'on ne soit que toutes les deux, ça fait toujours du bien de se retrouver en dehors du taff de merde. Je décide d'aller faire un tour dehors, voir si elle s'est levée avant moi ou si je vais devoir la sortir du lit. Je vois une forme dans le hamac, me laissant supposer que ma meilleure amie squatte dedans. Je n'hésite pas une seconde et vais la rejoindre. Je pose ma tasse sur la table sur le côté et me pose à côté d'elle "Tu ne me prêterais pas un peu de couverture, histoire que je ne décède pas de froid dans la demi-heure !" dis-je avec les yeux de chat potté, récupérant ma tasse au passage. "T'as bien dormi ?"


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Ce calme... Le petit bruit de frottement des feuilles, j'étais totalement sous le charme, au point que j'allais peut-être pouvoir m'assoupir un petit peu à rester seule. En même temps, je me connaissais, j'allais lutter contre le sommeil simplement pour profiter de l'endroit. Ça venait m'apaiser jusque dans les fibres les plus profondes de mon être. Mon esprit torturé ce calmait, faisait en sorte que j'aie moins de pensées noires et surtout me rendait énormément plus sereine. Des pas, légers, mais des pas quand même prennent place derrière. Je me doute que c'est Oxana, parce que jamais personne ne vient ici, pas même mes parents. Ils m'accordent au moins ce moment de tranquillité. En fait ma mère m'accorde tout le calme du monde, on s'entend tellement peu... quand je vais chez elle en visite, c'est tout juste si on arrive à se dire six mots en ligne tandis que mon père lui a suffisamment de jugeote pour me récompenser en temps solitaire... si on peut le dire comme ça...

Je la vis apparaître dans mon champ de vision et sans que je le veuille, un sourire en coin s'étira sur mon visage. C'était l'un de mes rayons de soleil qui arrivait. Je ne sais pas comment j'aurais pu passer en travers de toutes ses épreuves sans elle pour m'épauler. D'un côté, il y avait quelque chose d'ironique dans notre relation. Autant nous pouvions être détruites mentalement, autant sans l'autre nous ne pourrions nous tenir debout. Quoique d'être son roc, m'aidait à passer en travers de mes journées d'enfer. Mes yeux se posèrent sur la légère fumée qui s'échappait doucement de sa tasse de café. Ils remontèrent ensuite sur elle et j'échappai un petit rire. « Tu n'y penseras donc jamais à t'amener une couverture toi quand tu viens me rejoindre! » C'était peut-être un reproche, mais sans ton de réprimande ou quoique ce soit qui pouvait servir à un reproche, non ça je ne le pouvais pas. J'ouvris la couverture que j'avais enroulée et tortillé plusieurs fois sur moi et je lui offris une place à mes côtés. J'attendis qu'elle y grimpe et par réflexe naturel, je me lovai contre elle, posant ma tête contre son épaule. Ça je crois que c'était encore plus le paradis!

Bien dormir? Je ne me souvenais même pas c'était quoi une bonne nuit de sommeil je crois. « Encore des cauchemars... ça en devient un lot quotidien ces temps-ci... Quand je suis allée chez ma mère la semaine passée, elle et Mavie sont rentrées en courant parce que j'hurlais en dormant... J'te dis pas que ma soeur me surveille au cheveu près maintenant! » Je passai ma langue sur mes lèvres. « J'ai dû inventer une raison à mon cauchemar, mais elle commence trop à se poser des questions, je commence à craindre qu'elle ne découvre le pot-aux-roses... » C'était sûrement la pire crainte que j'avais. Je n'avais même pas peur pour ma propre vie, je m'en fichais presque de mourir en cet instant, mais j'avais si peur que ma soeur ait à vivre mon calvaire que ça je ne le digérais pas. « Et toi ta nuit? La belle-gueule de bois ce matin? Tu ne m'as même pas attendu pour te saouler. J'en aurais bien profité! » Je lui adressai un sourire amusé puis mordit l'intérieur de mes joues en réfléchissant. « J'ai une idée peut-être à te proposer pour un futur plus ou moins rapproché... J'en ai marre de te voir tout le temps, mais d'avoir l'impression que tu es si loin... Tu en penserais quoi si on ne se trouvait pas un petit logement pour nous deux? Je pourrais aider avec l'argent que je fais au bar... ces temps-ci le pourboire est plutôt élevé... » J'étais nerveuse de lui demander une chose pareille, comme si ma tête me disait qu'elle allait refuser, mais j'avais tellement envie d'arrêter de vivre chez mon père... Alors, j'évitais de la regarder, gardant la tête dans le creux de son cou, humant son odeur de café, mélanger à son odeur de robine de bière qui émanait. Au moins c'était en fond de tout ça une odeur familière et réconfortante pour ma personne.

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Penser à ramener une couverture quand je viens la rejoindre dehors ? Non, pourquoi faire ? Je sais qu'elle en a une et je ne suis pas assez réveiller pour penser quoi qu'il arrive, alors n'attendons pas à un miracle de ma part avant la troisième tasse de café, au moins. Il me faut du temps pour connecter les neurones et bien souvent, quand je vais faire un tour dehors le matin, c'est dans l'espoir de voir si je l'y trouve, pas en sachant qu'elle y est, il y a une nuance non négligeable, croyez le bien. Si j'étais sûre qu'elle s'y trouvait, je pourrais potentiellement envisager l'idée de me trimbaler avec une couverture, mais avec le doute, je ne prends aucun risque. De toute façon si elle y est, je la sais suffisamment prudente pour en prendre une, alors ce n'est pas comme si, armée uniquement de mon court short et mon débardeur, elle allait me laisser mourir de froid ! "Pourquoi faire ? La tienne est toute chaude et je peux profiter d'un câlin, c'est tout bénéf' pour moi !" Dis-je en plaisantant. Au fond ce n'est pas pour cette raison que je ne prends pas de couverture, je n'y pense juste pas, mais bon, quand on peut lier l'utile à l'agréable, ma foi, pourquoi s'en priver ? Ce n'est pas comme si nous n'étions pas tactile entre nous. Je la connais depuis toujours ou presque, je n'ai pas réellement de souvenir d'une vie sans elle et ça me va très bien. Elle est mon équilibre, la famille que j'ai perdu avec le cancer, le roc sur lequel repose ma vie. On est très fusionnel toutes les deux et il nous est déjà arrivé, à l'occasion de l'être au point de finir dans le même lit. Est-ce que ça veut dire quelque chose en particulier ? Peut-être, je ne me suis jamais vraiment penchée sur la question, parce que pour moi, c'est elle, alors d'une certaine façon c'est normal. Est-ce de l'amour ? Très certainement, une forme d'amour en tout cas. Mais nos vies sont tellement bancales et merdiques qu'on ne se focalisent pas vraiment sur les mots, on laisse les choses arriver et on arrête de réfléchir et je crois que c'est mieux pour tout le monde !

Je la sens se lover contre moi et je la laisse faire, appréciant ce contact physique. C'est assez rare pour être honnête, que je laisse une personne rentrer vraiment dans ma vie, mon enfer personnel. Mais ma vie, c'est un peu la sienne, ça serait quand même con qu'on se ferme la porte mutuellement à la vie de l'autre, alors qu'on sait pertinemment ce que vit l'autre. Et puis c'est elle, je sais qu'elle ne se servirait jamais de moi pour obtenir quelque chose, il n'y a rien de malsain dans ses gestes, rien de calculer. On se laisse simplement aller à être nous-même et c'est agréable parfois, ça nous évite de nous perdre. Meg' fait des cauchemars, rien de nouveau à l'horizon, même si j'espère naïvement à chaque fois que je lui pose la question, que ça s'arrange. Mais comment voulez-vous que ça s'arrange ? Tant qu'elle ne changera pas de vie, les cauchemars seront toujours là. Mais elle a une famille, en dehors de cette merde, une vie qu'elle souhaite protéger. Je ne prétends pas que ce n'est pas pareil pour moi, mais ma mère était au courant de ce que je faisais quand elle était encore en vie et je n'ai jamais connue mon père. Aujourd'hui je suis seule, je n'ai de compte à rendre à personne et personne qui s'inquiète pour moi. Enfin, j'exagère, j'ai des amis, j'ai Meg et Mavie, mais c'est différent. Elle a sa mère et sa soeur qui se font du soucis pour elle, qui aimeraient la protéger. Je comprends sa peur qu'elles découvrent tout. "Ma puce ..." Dis-je simplement dans un souffle, tout en lui caressant les cheveux. La vie peut parfois être vraiment compliquée quand elle s'y met. Et je dois avouer que je n'ai pas de solution miracle à lui proposer pour la sortir des emmerdes. Je sais qu'elle ne peut pas couper les ponts d'avec sa soeur, du coup il va falloir réfléchir à une autre idée. "Arrête de dormir chez ta mère ? T'as 25 ans, t'es plus obligée de suivre les ordres de la Cours, tu es majeur, tu prends tes propres décisions. Ne les vois qu'en journée, là où il n'y aura aucun risque qu'elle découvre quoi que ce soit !" C'est une proposition comme une autre. Bonne ou mauvaise, ce n'est pas à moi d'en juger.

Je n'ai pas vraiment le temps de répondre à sa question qu'elle enchaine avec une autre et un semi reproche. Non, c'est vrai, je ne l'ai pas attendu, je pensais qu'elle voudrait dormir aussi paisiblement que possible. Je porte ma tasse à mes lèvres pour boire quelques gorgées. Le café c'est légèrement refroidi, il se boit beaucoup plus facilement maintenant. "Douloureuse cette gueule de bois, comme toujours ! A croire que malgré l'habitude, elle ne diminue pas en intensité !" Dis-je en plaisantant. La vérité c'était que j'étais un peu lasse de me réveiller toujours dans cet état là, on ne va pas se mentir. J'aimerai bien me reconstruire, avoir une vraie vie, loin de toute cette merde. C'est la raison pour laquelle j'ai entamé des études en Histoire de l'Art, pour espérer pouvoir ouvrir ma galerie. Mais comment je ferais pour accumuler suffisamment de capital pour réussir cet exploit ? C'est la question que je me posais chaque jour, sans trouver de réponse pour le moment. Alors je buvais pour oublier cette vie de merde et parce que de toute façon je n'arrivais pas à ne pas boire. "Je t'aurai bien attendu, mais t'es jamais venue, alors j'ai commencé sans toi ... et terminée seule aussi ! L'avantage c'est que ma nuit fut sans rêve !" C'est bien le seul avantage à tout ça. Parce que bonjour la migraine au réveil et la tête dans le cul. Souvent tout cela est accompagné de courbature et la sensation d'avoir 80 ans. Je ne m'attends pas trop à cette proposition, qu'on se le dise. J'y ai souvent pensé, on ne va pas se mentir. Je suis indépendante par obligation depuis que j'ai 17 ans, je n'ai donc pas vraiment le choix d'avoir un appartement, mais elle a toujours était dans une situation bien différente. Indépendante, certes, mais elle a toujours pu rester chez son père, ce qui est un grand avantage pour elle. Je suis un peu étonnée de la voir franchir le pas, mais touchée malgré tout au fait qu'elle pense à moi. Bon, y'a rien d'étonnant en vrai, mais quand même. "On est tout le temps ensemble, je suppose que ça ne changerait pas grand chose ... " Dis-je en plaisantant avant de reprendre "J'aime bien l'idée personnellement."


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Un air faussement offusqué apparut sur mes lèvres alors que je redressai légèrement pour la regarder dans les yeux. « Pardon? Est-ce que tu es en train de me dire que tu te sers de moi toi? » Un petit rire franchit ma gorge et je repris sagement ma place comme si rien n’avait été dit. Au nombre de fois que nous étions collées lune à l’autre comme ça en priver, au nombre de fois que moi je pouvais aussi lui voler une partie de sa couverture lorsqu’elle y pensait, je ne pouvais pas me plaindre. C’était toujours des échanges continuels entre nous. Parce que nous, nous étions faites ainsi.

Je fermai mes yeux pour me concentrer sur cette odeur à elle qui m’apaisait. J’étais réellement contente qu’elle soit ici avec moi en cet instant. C’était ces moments purs et simples qui me faisait apprécier la vie. Elle était si laide qu’un moment de beauté tel que celui-ci paraissait irréaliste et sorti tout droit d’un rêve… Moi aussi j’avais le droit de rêver. Je n’avais pas que le droit aux cauchemars incessants. Alors qu’elle tente de me trouver une solution, je préfère pincer les yeux un peu plus. Je la connais les deux vraies solutions, mais toutes les deux m’effraient encore plus que la réalité. J’avais le choix de tout dévoiler, tout leur dire ce qui se passe dans ma vie depuis mes quatorze ans ou encore couper complètement les ponts avec ma sœur. Comment pourrais-je faire cela? Qui la protègerait? Pourrais-je garder un œil sur elle? Malgré tout j’avais besoin de lui parler. J’avais besoin d’elle et de sa naïveté, de sa gaieté. « Je le sais bien… mais tu connais Mavie, elle adore quand je peux rester passer la nuit à la maison… ça lui permet qu’on se voie un peu plus que ce qu’on fait d’ordinaire… Ça me tue carrément ce secret entre nous… J’ai l’impression de lui mentir à tout coup alors que tout ce que je fais c’est éviter les sujets compromettants ou qui pourrait la mener trop près de la réalité… Je ne serais pas capable de tolérer le regard qu’elle poserait sur moi si elle savait que je suis une prostituée… Non, ça je l’amènerai avec moi dans ma tombe… » Mon cœur se sentait à l’étroit dans ma poitrine en ce moment. Il était si serré dans ce minuscule enclos… Au point où je ressentais presque un manque d’air. Pourtant, il n’en était absolument rien…

J’éclatai de rire et je secouai doucement la tête en me redressant de nouveau pour m’asseoir un peu plus convenablement. Après tout, j’avais aussi un café à boire. « Ouais, mais tu n’apprends jamais de fois en fois que tu bois trop! C’est toujours plus fort que toi de lever le coude! » Par habitude, je jetai un petit regard circulaire et j’affichai un petit air malicieux. « D’autant plus que je nous ai pris quelques bouteilles au bar pour notre fin de semaine. Dans les meilleurs qu’on a! On me les a données pour pas cher, je pensais bien les consommer avec toi, mais si tu préfères, je peux te donner une petite leçon de self-control! » J’affichais maintenant un sourire à mi-chemin entre joueur et moqueur. Je me doutais bien qu’elle voudrait toucher aux bouteilles, sinon ce n’était pas ma meilleure amie! « Je ne suis pas venue parce que je suis tombée raide morte dans mon lit dès notre arrivée! J’avais eu une nuit d’enfer au bar la nuit passée et j’avais dû réviser pour des examens l’autre nuit d’avant. Mais je t’envie d’avoir des nuits sans rêves, ce doit être vachement reposant dans ces cas-là! Remarque-moi au moins, je n’ai pas besoin de verres fumées pour diminuer la lumière foudroyante du jour à mon réveil! » Je lui tirai la langue, me moquant très ouvertement de sa condition régulière.

Mon cœur se mit à tambouriner dans ma poitrine. Oxana semblait bien vouloir accepter mon idée d’aménager à deux. Nous aurions notre petit cocon à nous. Nous y serions en sécurité et où personne ne pourrait nous juger. Un petit sourire satisfait se dessina sur mes lèvres alors que j’allai perdre mon regard dans l’infiniment loin. Oui, je commençais déjà à rêvasser de rentrer chez moi, sans risquer de croiser mon paternel. Je rêvassais de rentrer chez moi, de pouvoir prendre ma meilleure amie dans mes bras, de pouvoir lui donner une bine sur l’épaule, de l’embrasser si je le voulais tout simplement. Nous aurions une liberté infinie! À 25 ans, je ne pouvais pas croire que mon père me ferait encore des menaces sur le fait de déménager… De toute façon, il avait une totale main sur ma personne. Il contrôlait carrément les ficelles de ma vie. Je n’existais que par ma naissance et c’était bien lui qui avait fécondé cet ovule. Je lui appartenais. « On pourrait commencer les recherches en rentrant après notre week-end… ça ne nous donnera qu’une raison de plus d’être ensemble! » Nous n’aurions presque pas besoin de deux chambres, seulement pour la forme… Parce que je m’attendais déjà à ce que nous changions souvent de chambres pour aller retrouver l’autre… en particulier quand je cauchemardais et comme ça m’arrivait souvent…

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"Je profite de l'instant présent !" Dis-je d'un ton qui se voulait sérieux alors qu'il n'en était rien. Non, je ne me servirai jamais d'elle. Trop de gens le font, je ne suis pas comme eux. Elle le sait et moi aussi. C'est d'ailleurs pour ça qu'elle se love de nouveau dans mes bras et qu'elle repose sa tête sur mon épaule. Si on commençait à se faire des coups bas entre nous, où irions nous ? Je n'aspire pas à me retrouver seule au monde, qu'on s'entende et de toute façon j'en serais bien incapable. Je n'aime pas la solitude, elle m'effraye, c'est d'ailleurs en partie pour ça que je bois, pour oublier que la vie c'est de la merde et pour ne plus me sentir seule. Moi aussi j'aurais aimé avoir quelqu'un à mes côtés qui m'aimerait sincèrement et qui souhaiterait faire sa vie avec moi. Quelqu'un en qui j'aurais totalement confiance, avec qui je rêverais fonder une famille. On attendrait simplement que je termine mes études pour cela, mais on parlerait déjà mariage, maison et plein d'autres projets communs. Mais je n'ai pas le droit à tout ça, pas de cette façon là. Après je ne peux pas trop me plaindre, j'ai Meg, qui m'aime pour ce que je suis, qui me soutiens dans tous mes projets, qui m'épaule et me réconforte. D'une certaine façon j'ai la moitié d'une vie normale et dans ma situation actuelle, je ne pense pas pouvoir avoir mieux.

Je connais la situation actuelle. Mavie est adorable, mais elle est à des années lumières de nous connaître vraiment. Elle pense, comme les autres que nous sommes des amies d'enfance, très fusionnelles, qui travaillons dans un bar et faisons des études. Mais en vrai, elle ignore tout de notre seconde vie, plus secrète et bien plus honteuse également. Je détesterai déjà qu'elle apprenne ce que je fais, parce que je l'adore cette gamine et que je n'ai pas envie qu'elle change de regard sur moi. Mais je n'ose imaginer ce que doit ressentir Meg'. Je sais que le fait que ce soit sa soeur ne changera jamais, quoi qu'elle puisse faire dans la vie, mais leur relation est si touchante que je détesterai voir Mav' s'éloigner de Meg', juste parce qu'elle n'accepte pas les choix de sa soeur. Des choix, quelle blague d'ailleurs, ce n'est pas comme si elle en avait vraiment eu. Moi j'ai eu le choix, soit de ne pas m'embarquer dans cette merde et de regarder ma mère mourir à petit feu devant mes yeux, impuissante à son sort, soit alors me prostituer pour essayer de sauver ma mère. J'ai prolongé sa vie de 3 ans, c'est une petite victoire, chèrement payée comme dirait ma mère, mais je n'ai aucun regret. J'aurais pu tout arrêter, quand elle est morte, parce que je ne lui dois rien à ce type, mais je suis restée, parce que je ne savais faire que ça, que j'ai trop peur de l'inconnu pour le moment et qu'il est hors de question que je laisse tomber Meg'. "Je sais ..." Je me sens impuissante face à cette situation et je déteste ça. Elles ne méritent pas ça. Elles méritent d'être heureuses, d'avoir une vraie relation saine, sans mensonge. Sauf que tant qu'il y aura cette histoire de prostituion, ça sera toujours compliqué entre elles je pense.

"C'est pas de ma faute si je suis de plus en plus résistante à l'alcool ! Il m'en faut de plus en plus pour me mettre minable !" Je sais qu'elle a raison et que je n'apprends pas. Je n'apprendrais jamais et je crois que je n'en ai pas envie. Certains soirs, il m'arrive d'en avoir moins besoin que d'autres, c'est un fait, mais ils sont assez rares ces fameux soirs. Bien souvent je ne veux qu'une chose, partir dans l'inconscient et plus vite j'y arrive et mieux je me porte. C'est triste, je vous l'accorde, mais je m'en moque, tant que ça fonctionne, c'est le plus important. "Tu veux me punir alors que je suis adorable ! Te voilà bien cruelle !" Dis-je en prenant mon air de pauvre petite fille victimisée par sa meilleure amie. Bien entendu, d'une certaine façon, ça ne me ferait pas de mal de faire une pause, d'essayer vraiment de contrôler mon addiction, de ralentir un peu, mon foi en serait plus que ravi, mais j'en suis bien incapable. Peut-être qu'un jour, si ma vie prend un tournant différent, j'en aurais envie, je ne ressentirai peut-être plus le besoin de me mettre la tête à l'envers, mais pour le moment je veux juste oublier ! "T'épargne aussi une mine affreuse, des cernes grosses comme des valises et une gueule de déterré aux autres. Parfois j'ai l'impression d'être en voie de décomposition avancée !" Dis-je en plaisantant, même si la réalité était certainement aussi reluisante que le tableau que je venais de peindre à Meg. On en va pas se mentir, il y a certains matins, je n'ai même pas la foi de me regarder dans un miroir et tous les maquillages du monde ne pourront venir à bout de ma gueule de morte vivante. Cela s'arrange certes avec les heures, mais franchement, je dois faire peur parfois. Heureusement que je suis plus fraiche la nuit et qu'on ne me paye pas pour ressembler à une bombe atomique, mais juste à écarter les cuisses pendant qu'ils font leur petite affaire.

Son idée me plaisait et tout en sirotant mon café, j'essayais d'imaginer ce que serait notre vie à présent. Adieu appartement miteux et minuscule, nous nous trouverions un appart', certainement tout aussi miteux mais plus grand, avec une vraie cuisine ? Oui, bon je sais, je ne sais pas cuisiner, mais qu'importe, j'ai toujours eu envie d'avoir une vraie cuisine, pensant que ça me motiverais à apprendre. Je sais qu'au final, ce ne sera jamais le cas, mais qu'importe, j'aime l'idée. Un appart' plus lumineux que le trou à rat dans lequel je vis, j'aime déjà l'idée. Bon après, je critique beaucoup mon petit loft, mais en toute honnêteté, je l'aime bien, je m'y sens bien. Je n'y suis pas souvent, alors je n'ai pas forcément besoin qu'il soit trop grand, mais j'aime l'idée qu'il ressemble à un cocon. Et un cocon que je peux partager avec ma meilleure amie, je dis oui tout de suite. "Ca marche ! Même si on n'a pas forcément besoin de raison pour être ensemble ... ça me va quand même !" Dis-je en plaisantant. Non, concrètement on n'a jamais vraiment besoin de raison, mais j'aime bien l'idée d'avoir pour une fois une vraie excuse pour squatter chez elle.



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I walk a lonely road, The only one that I have ever known, Don't know where it goes, But it's only me, and I walk alone, I walk this empty street, On the boulevard of broken dreams, Where the city sleeps, And I'm the only one, and I walk alone

L’instant présent… Ça oui, il fallait en profiter de cet instant présent! C’était ces rares moments qui pouvaient nous faire apprécier la vie à sa juste valeur, parce qu’hier est passé et demain ne viendra peut-être jamais… Encore plus pour des personnes comme Oxana et moi. Ça m’était déjà arrivé de penser que le monde serait mieux sans moi… ou plutôt que moi je serais mieux sans le monde. Il y a de ces moments où je n’ai plus envie d’avoir d’enveloppe charnelle, de toute façon, elle est tellement souillée que même en restant des heures sous la douche, je n’ai jamais l’impression que je suis propre… et fort à parier que ce sera comme ça pour le restant de ma misérable vie. Comment approcher un homme ou une femme qui vous intéresse par après? Comment lui dire le plus normalement du monde et faire en sorte que ce soit normal que de se faire dire après quelques mois de relation « ouais ben, je suis désolée ce soir mon chéri, je ne peux pas… encore une fois, mais ce n’est pas ma faute, j’ai des clients! Allô la chute du beau cheval blanc. Donc à moins de me trouver quelqu’un dans la même condition que moi, j’allais devoir faire avec le fait que je n’aurai probablement jamais de relation sérieuse et d’enfants… De toute façon, rien que de penser d’avoir une progéniture me donne des frissons… Je vois dans ma tête le regard que poserait mon père sur sa petite personne et… EWH! Non, vraiment, je serais incapable de voir une telle chose se produire… Je n’ose même pas imaginer ce que la mère d’Oxa a dû endurer de la savoir ainsi reprendre les rênes à sa place… Ça devait être une si grande torture… malgré le fait qu’elles avaient besoin d’argent… maintenant à l’âge que nous avons… j’aurais trouvé préférable que ma meilleure amie n’ait jamais à vivre ça… Maintenant que nous étions prises toutes les deux dans ce filet du diable, nous avions l’impression de ne connaître que ça… et d’un côté c’était quand même un peu payant alors… ça devenait une roue infernale de pouvoir se sortir de ce rouage… sans compter les menaces auxquelles nous avions le droit si nous menacions de quitter…

Je secouai la tête en riant. « Tu es terrible! » Moi je pouvais la fournir presque autant qu’elle le souhaitait quand elle venait me voir au bar. Comme si j’allais lui faire tout payer ce qu’elle ingurgitait. Non, de toute façon mon patron ne s’en rendait jamais compte ou s’il le savait, il ne m’en disait rien parce que je faisais des tas de profits en côté. Regardant autour de nous, je regardai finalement mes mains qui tenaient cette fameuse tasse de café. Il serait plus que temps que je commence à boire, sinon il allait me tomber froid dans les mains trop rapidement. Portant ma tasse à mes lèvres, le verdict se fit rapide. Il était temps que je le boive avant qu’il ne tiédisse davantage et soit moins buvable. « Oui, mais comme c’est moi qui te puni, est-ce que c’est vraiment de la cruauté? Tu sais comment j’ai tendance à te punir… » Je me penchai pour lui donner un bec sur la joue. Ce n’était jamais rien de gros et de grave, au mieux de petites scènes de boudage du genre je ne dors pas avec toi ce soir… mais qu’au beau milieu de la nuit, moi-même je ne tiens pas et je vais la rejoindre… Oui, ça m’arrivait souvent du chantage qui ne fonctionnait pas. À la suite, j’haussai les épaules. « Déjà je préfèrerais l’alcool à toute la drogue qu’on m’injecte et aux claques dans face que j’ai le droit… On dirait qu’il fait exprès de m’envoyer les violents… ça devient difficile à gérer et à cacher! » Il… Ouais, je refusais de le nommer mon père… Comment pouvait-on dire qu’une personne comme lui était notre père. Ou père tout court… Mavie ne comprenait pas toujours pourquoi je ne semblais m’accorder à aucun de mes deux parents… Un jour elle saura et se sera quand elle aura découvert la réalité… probablement à ma mort. Déjà la deuxième overdose que j’avais fait avait suscité pas mal de questions…

Alors qu’elle acceptait l’idée, un large sourire s’afficha sur mon visage et je me relevai de ma place. Un petit rire franchit mes lèvres. « On n’a jamais eu besoin de raison, mais franchement, t’aurais envie de vivre avec une autre que moi? Moi qui ensoleille toutes tes journées? » J’aimais plaisanter en me donnant beaucoup plus d’importance que je n’en méritais vraiment! Riant de mes conneries, j’allai dans le chalet récupérer l’une des bouteilles que j’avais amené avec moi et je revins la voir en lui tendant. « Me semble que c’était une de tes préférées dans les whiskys non? » Je grimpai de nouveau dans le hamac, reprenant ma place initiale et reprenant aussi mon café. Je pris quelques gorgées avant de soupirer de bonheur. « Si je le pouvais, je resterais ici toute la vie! C’est tellement mieux qu’en ville! » et tellement différent de tout ce qui composait ma vie! Le contraste était frappant avec le bar qui était toujours bruyant et bondé alors qu’ici régnait le calme et la sérénité…

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we are clumsy newborns with curious hands. we are the stars that caught fire in the cosmos, generations before the earth pressed it’s molten clay together. ▬ once, we were the youngest creatures to ever exist. now, we are poets and landmines. we are volatile and reckless and in love.
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